Chrono (FR/ENG)

Au fil de l'eau : nouvelles, articles, anecdotes, photos...

18.09.18

La Trottineuse

🇫🇷 J'ai atteint les 40 000km à trottinette ! Une circonférence de la Terre dans les pieds... 3 ans de vie sur la route et plus de 30 pays traversés.
J'ai aussi passé la frontière vietnamienne il y a un peu plus d'une semaine et je parcours le spectaculaire réseau de routes Ho Chi Minh, impitoyable pour les mollets, mais qui me permet d'explorer des régions plus sauvages et retirées que la côte. Enfin, au Laos, près du Mékong, j'ai roulé sur l'eau, mais pour le croire il faut le voir (enfin pour certains).
A bientôt pour des images, peu d'occasion de me connecter par ici...
🇬🇧 I reached 40 000km on the push scooter! A circumference of the Earth in the feet... 3 years of a simple life on the road and more than 30 countries crossed.
I also passed into Vietnam more than a week ago, and I'm kicking on the spectacular network of roads called Ho Chi Minh, terribly ruthless for the calves, but far more wild and remote than the coast. Lastly, in Laos, near the Mekong, I rolled on water, but to believe it, you've got to see it (at least for some).
See you soon again for images, I have few occasion of connecting around here...
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#worldtour #pushscooter #simplelife #40000km #Earthcircumference #3years #solo #unsupported #laos #vietnam #HoChiMinhHighway #HoChiMinhroads #tourdumonde #trottinette #footbike #viesimple #tourdelaterre #3ans #solitaire #sansassistance #routesHoChiMinh
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Tu me permets d y croire j en suis seulement à 240km frontière Russie/ Mongolie à vélo merci pour tes récits prends soin de toi !

Magnifique Vietnam, j'y retournerais bien 🐃 prudence et émerveillement, encore et toujours 🐘

Oh la la c impressionnant un grand bravo à toi pour ton courage et ta persévérance chapeau bas 😘

On y croit ! Tout est possible pour toi même rouler sur l'eau ! Bravissimo pour les premiers 40000 km !

Coucou Blandine Nous te suivons avec envie, stress, joie mais aussi avec un profond respect 😊 Enjoy 😊

That's great, have a safe journey back😎

Jusqu'àu bout de tes rêves, magique aventure, prends soin de toi...ciao â bientôt de te lire et voir tes belles photos .

haaa trop bien! tu peux être contente et fière de toi! hoooo je me souviens de cette route ho chi minh mais c'était à vélo, très bon souvenir des habitants et du jolie paysage. Bon courage à toi et Enjoy

Quelle merveilleuse aventure. Bravo pour ce choix de vie. Je me sens très chanceuse d’avoir croisée ta route dans le sud de la France (Cagnes-sur-Mer). Keep going 😎

Que dire ? Énorme, impressionnant... respect pour votre détermination et félicitations pour la performance.

Amazing distance... I make a deep bow for you!

Que répondre à cela ? Pour la majorité des personnes qui vous suivent, nous sommes des sédentaires pour qui ce kilométrage paraît juste inimaginable, phénoménal, unbelievable.... Respect.... Chapeau bas !!! 🛴🛴🛴🛴🛴🛴🛴🛴 (échelle : 1 Trott. Pour 5000kms 😉)

SO SO GOOD to hear about U 😀 ' Look like everything is under ctrl !! 😉

Juste formidable ! Bonne continuation, Trottineuse du bout du monde. Amitiés

Sei straordinariamente unica, buon proseguimento e che la forza, la grinta e il coraggio siano sempre con te!

Quelle exploit unique! Compliments et gratulations! Vive la trottinette! Merci pour tes réflexions et photos magnifiques, participation écologique de chez soi sans trop éprouver le besoin d’avoir tout vu sur place - la documentation de ton voyage est pour moi une thérapie contre le tourisme de masse..... une fenētre grande ouverte sur notre monde si fragile. Courage et bonne route Ernest

Bravo Blandine, extraordinaire! Quel exploit! On va ouvrir une bouteille de champagne pour fêter ça!

Happy to hear from you again after almost three weeks (??) Blandine! Bravo pour cette borne symbolique. Bravo et merci surtout pour le cadeau de cette mise-en-abyme que constitue l'ombre quotidienne de ton actuel choix de vie sur mon choix de vie actuel à moi... Cám on! 😊

Geante adventure bravo vive le Vietnam

Tu m’impressionnes!

Ciao!!! 40.000 km di emozioni 👏

Bravo 🎊 un incroyable Voyage fabuleux très bonne route à Toi

👍💪👏

Au bout de soi encore et toujours fantastique aventure

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30.08.18

La Trottineuse

🇫🇷 Parfois l'on ne sait pas si l'on a édifié un séchoir ou un totem.
🗿
🇬🇧 Sometimes you don't know if you've come up with a dryer or a totem.
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#bamboo #laos #totem #worldtour #pushscooter #simplelife #tourdumonde #trottinette #viesimple #bambou #lao
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🇫🇷 Parfois lon ne sait pas si lon a édifié un séchoir ou un totem. 
🗿
🇬🇧 Sometimes you dont know if youve come up with a dryer or a totem. 
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#bamboo #laos #totem #worldtour #pushscooter #simplelife #tourdumonde #trottinette #viesimple #bambou #lao

 

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TU ARRIVES A DORMIR...??? parfois...attention à ta monture !!! prends soins de TOI...BLANDINE..le plus beau capital....C'est la santé...N'est ce pas...???

Et oui, lorsque je vois l'état de ta patinette, je comprends qu'il doit être difficile de rester propre ... D'où ces étendoirs de fortune ! Mais le principal c'est de retrouver son linge prêt à porter, n'est-ce pas ? 😁 Bonne route grande baroudeuse des temps modernes !!! 👍😉

Un tochoir alors

Il n'y a pas top de moustiques ?

Hooo la boue 😲

Gute Weiterfahrt und vor allen Gesundheit , daß ist sehr wichtig.

😎👍😉😊⚘

pas trop d'insectes ?

Pas de grosses bestioles dans le coin ? :/

Les deux!

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29.08.18

La Trottineuse

🇫🇷(English below)
Sabai dee ! Vous vous souvenez peut-être qu'on m'avait confisqué tous mes couteaux en Chine. J'avais entre autres perdu un puuko finlandais qui me tenait à coeur, et manquais depuis sérieusement de lame...
Je viens de recevoir le Pinewood MK1, conçu et produit par Matthias de Pinewood Bushcraft (Pinewood CH), un très fin connaisseur des bois, artisan et instructeur, qui soutient régulièrement mon aventure et m'a en plus fait la surprise d'une gravure personnalisée ! Ce splendide couteau de survie et de bushcraft est agrémenté d'un pommeau-marteau et d'un support pour arc à feu. Un immense merci Matt, cela ne pouvait mieux tomber, pour ma collection qui est à reprendre et parce que la forêt ne manque pas ici...
J'ai grand hâte d'en faire usage et de l'adopter.
→ Présentation video du couteau: bit.ly/2wv1tVq
→ Pour en commander: bit.ly/2BUmC1h
→ Pinewood Project sur Youtube: bit.ly/2MWWeIh
🇬🇧
Sabai dee! You may remember that my knives were taken by the Chinese police a few months ago. I had lost amongst others a Finnish puuko I loved and was very much missing a good blade.
I just received the Pinewood MK1, designed and produced by Matthias from Pinewood Bushcraft, a pretty skilled bushcraft man, a maker and an instructor, who has been supporting my adventure regularly and surprised me even more with a customized engraving! This splendid survival and bushcraft knife features a hammer pommel and a bow drill support. A huge thanks Matt, it could not have been a better time: my collection is to be started again, and there is no lack of forest here...
I am so much looking forward to use it and adopt it.
→ Check out the video presentation: bit.ly/2wv1tVq
→ Order one: bit.ly/2BUmC1h
→ Pinewood Project on Youtube: bit.ly/2MWWeIh
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#worldtour #pushscooter #simplelife #tools #blade #knife #bushcraft #survival #PinewoodBushcraft #Switzerland #PinewoodMK1 #thanks #loveit #tourdumonde #trottinette #footbike #viesimple #outils #lames #couteau #survie #viedanslesbois #Suisse #merci #jadore
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coucou si tu veux un nouveau couteau lapon finlandais je peux t'en rapporté un je risque d'y retourner cet automne 🤗 ils sont tres pratiques pour allumer les feux yep !

Un immense plaisir de le savoir arrivé! Je me réjouis de voir ce que tu feras avec! Une note : je n’ai pas serré le passant de ceinture à fond ne sachant pas de quel côté tu préfères le porter. Le passant n’est pas un “dangler” et ne doit pas bouger. Je te recommande donc de le serrer le plus possible une fois que tu auras défini le port! 😉

Attention pour les autres passages frontières car certains pays interdisent formellement l’entrée d’armes blanches... eh oui ils les considèrent ainsi... 😒

First time i meet a woman who loves knives. I finished by thinking it is a only men thing. Good to see I was mistaking

I am envious of your new knife Blandine. 🙂

un beau couteau !mais attention aux doigts

Ça va alourdir la trottinette tout ça

Superbe réalisation ! Je suis aussi amateur de beaux couteaux et reconnais un certain savoir faire ! Bon usage Blandine et attention aux doigts ... 👍

Aaaaaah les puukots finlandais, la classe! Il est magnifique, quelle riche idée!!! 👏

Il est superbe, tres bien fait. Le nom sur le manche, c'est top. Pas dans le meme style, je recommande fortement les couteaux Spyderco, je m'en sers pour tout. Construction americaine, acier japonais. Et ils ont des couteaux de cuisine super pratique, pas cher du tout - recemment mes couteaux japonais super chers ne servent pratiquement pas!

Splendide good job et bonne route Ty Trottineuse 😉

Bel outil qui te serás d'une bonne utilité. (Y)

Magnigique travail !

Vraiment jolis! Bravo l'artisan!

Très beau du beau travail

Be careful, forbidem in spain, to use any knife in towns, trains, bus….

splendide!!

Y beautiful knife

Simone Galletto guarda qua!

Et sinon, au point de vue énergie dépensée, cela représente combien de calories à chaque "enjambée"?

comment ce magnifique couteau a-t-il réussi à parvenir jusqu'à vous ? vous qui voyager sans boite aux lettres ?

Stunning

Décidément,jeune femme vous ne cessez pas de m étonner et de m impressionner.😉

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27.08.18

La Trottineuse

🇫🇷(English below)
Le pachyderme s’arcboute, plante ses pieds dans la boue, tente une fois encore de déplacer la charge massive enchaînée à son corps. Au faîte de son mouvement de balance, il bande d’un seul coup tous ses muscles, l’effort lui vrille la trompe qu’il attrape avec sa bouche (on dirait un Baron de Münchhausen tentant de se soulever par ses propres cheveux), il tire sur son fardeau dans un sursaut qui lui écarquille les pupilles : rien ne bouge. Trois troncs d’arbre à hisser dans une pente abrupte, glissante. L’homme frêle hurle des instructions. Et la bête immense obtempère.
Je finis par m’éloigner, la gorge soudain serrée. C’est une chose de savoir que l’homme exploite les bêtes et les hommes depuis bien longtemps. C’en est une autre d’assister directement à la violence de la soumission, d’autant plus frappante que l’animal en impose. Certains sont devenus fous à la vue d’un cheval se faisant battre (commettant pour le restant de leurs jours d’occultes formules dans un chalet retiré de Suisse). S’il nous prend de songer que ces hommes vivent dans le dénuement, ont subi, subissent eux-même les effets d’une fièvre mondiale, que ces troncs vont leur servir à bâtir un toit, un abri vital, trouvera-t-on là matière à excuse ? Je crois que non. Ce qui sépare une vie misérable d’une vie bonne, c’est ce dont on ne se rend plus complice, dans l’opulence comme dans la nécessité. Et j’ai ma part de vils forfaits.
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J’étais entrée au Laos comme on gagnerait le pont trempé d’un cargo frayant dans l’halitueuse touffeur des tropiques, émergeant d’un long sommeil en cabine après avoir levé l’ancre depuis une terre dégagée et sèche. Voici qu’on baignait dans un océan de feuilles dont la luxuriance tenait de l’aveugle prison, une sylve épaisse, suintante, où couvait le grouillement d'un vivant au strident vacarme. Je n’aimais pas les sauts motorisés, un autobus sur quelques centaines de kilomètres rompait le continuum géographique de façon déconcertante (j’avais dû en emprunter pour sortir de Chine à temps), tandis qu’une progression à allure humaine en rendait les métamorphoses sensibles mais toujours mesurables.
Il me vint très vite, avec la sensation de m’embourber inexorablement dans un ventre humide saturé de flore, avec l’impossibilité de jamais sécher, avec l’effet arachnéen de ces lianes, troncs, plantes griffues, feuilles géantes, choses en travers qui s’emmêlaient en d’infranchissables toiles dès qu’on mettait pied hors du sentier battu, avec ces ondées chaudes, cette poussière aveuglante, avec une progression lente et ces pas forcés sur les pentes glissantes, il me vint une partie de ces images qui soutiennent l’imaginaire occidental moderne : marche interminable de soldats suréquipés, vêtements collants, pieds mollissants dans l’eau trouble des jungles, pluies battantes durant des jours, pluie sur des crânes et des casques, averse d’obus et jus de grenades, ondées de napalm, machettes et pales d’hélicoptères fendant troncs et nuages, regards fiévreux, obscurité grandissante des psychés humaines et atmosphériques qui vrillent sans fin dans la lourdeur végétale, menant à folie et orages destructeurs. Coeur des ténèbres, tournoyance nocturne, consumation des âmes par le feu, je songeais bêtement à Conrad et Coppola, à Kubrick, Zemeckis, à Kipling.
Il est illusoire de penser arriver vierge de toute représentation en une terre inconnue, d’imaginer saisir quelque nue substance du monde la maturité du voyageur aidant ; mieux vaut savoir observer et accueillir l’étrange chimère qui surgit dans le précipité d’une rencontre où se révèlent les craintes et les songes les plus archaïques.
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Lente pulsation d’un tambour bouddhique au passage d’un petit village. On rabat les poules éparpillés sur la chaussée vers de grands dômes d’osier. Au magasin l’on vient quérir quelques grammes de sucre, faire rapiécer un vêtement, s’approvisionner en graines blanches récoltées dans les rizières voisines, s’offrir un ananas pelé à la machette en quelque secondes. A nouveau les femmes fument, les aïeules surtout, accroupies au bord du chemin, cheveux blancs dénoués où se mêlent les volutes du tabac grillé, elles répondent à mes « Sabay dii » avec une voix rauque, puis leurs yeux se plissent.
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Etait-ce que j’y avais moi-même laissé mon âme ? En Chine avait culminé le règne de la photo comme première étape de l’interaction sociale ; tout le monde avait un téléphone portable performant, du moine bouddhiste au plus démuni travailleur des champs. On se photographiait avant de se saluer. J’en avais perdu le goût du portrait. Et je ne supportais plus qu’on prenne mon image sans ma permission - ce qui arrivait souvent, dans tous les pays. Plus j’allais, plus m’apparaissait la nécessité de préserver le sacré de l’acte photographique entre personnes. Moins était anodin le geste de cette appropriation. Et plus j’étais soucieuse de la façon dont je me prêtais à cet acte qui tient de l’envoûtement réciproque. Ou je n’osais plus demander, trop consciente de l’échange symbolique en jeu, presqu’honteuse de ce qui s’apparentait à un rapt et à un automatisme. Si tout le monde se mettait à appuyer sur des déclencheurs en substituant au sens profondément lumineux de cette écriture qui a le pouvoir de capturer l’âme, en lui substituant un enregistrement panoptique et robotique, alors il devenait urgent de fixer autrement le monde humain.
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Je n’ai jamais fréquenté forêt plus bruyante. Souvent je prends pour activités humaines les cris de scie de cigales géantes, le choc des troncs ployant sous le poids des feuillages humides, l’écho des cascades chutant sur les pierres.
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La vie matinale a lieu à l’air libre, on se lave à l’eau jaillissant du sol près des cases d’osier et de bois, sur pilotis, sous lesquelles dorment encore quelques truies embourbées. Les boeufs d’Asie sont affairés à mâcher les hautes herbes, les chiens aboient, attendant que je passe pour aller dans mon sillage humer l’odeur de Farang que je suis (« Farang », de Francs, désigne par extension l’étranger occidental blanc. Française, "Farangset", je suis donc ici la métonymie ambulante de l’Autre Blanc.) Les plus matinaux sont loin déjà sur les chemins secrets d’arbres aux fruits prêts à tomber, serpe, machette, paniers sous le bras.
Quand je traverse au point du jour ces hameaux de montagne, plus qu’ailleurs j’ai le sentiment de faire irruption sans y être invitée dans l’intimité de ces villageois dont je saisis au vol les rituels quotidiens. Un chaman en secouant grelots et cymbales émet un chant théurgique sur son pas de porte. Des femmes en sarong lavent leurs longs cheveux noirs, d’autres des vêtements, de la vaisselle. Un homme énergiquement se savonne, une mousse blanche recouvre tout son corps mat. Un enfant nu à vélo dévale gaiement la piste sous la pluie battante. Quelques fumeroles s’élèvent hors des gîtes, odeurs de bois humide et de riz gluant. Et, comme dans toutes les ruralités traversées du monde, antennes paraboliques et montagnes de sucreries sous plastique habillent uniformément étals et lieux-dits.
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Une jeune femme entre dans la case vide où j’ai trouvé refuge durant une nuit et un jour de pluie battante. Elle transporte un grand sac de toile, chargé à ras bord. J’imagine d’abord qu’elle a quelque droit de propriété sur les lieux et m’excuse de m’être installée ici, mais je réalise vite qu’elle semble seulement de passage, tout comme moi, heureuse de se mettre à l’abri, probablement entre deux récoltes de fruits. Elle avise mes vêtements mouillés, éparpillés à travers la pièce, accrochés au moindre clou, planche qui dépasse, dans une vaine tentative de les faire sécher dans cette humidité prégnante. Rassemble quelques morceaux de bois à moitié brûlés, de gros tronçons et trois bâtons humides, cherche de quoi amorcer une flamme. Ramasse un bouchon de bouteille en plastique, y met feu. Il ne tarde pas à s’élever de notre cabane une épaisse fumée et bientôt nous nous tenons côte à côté vêtements en main au dessus du brasier. Une heure plus tard elle s’absente, fourrageant, revient avec deux épis de maïs qu’elle jette sur les braises. Puis s’en va, il pleut toujours autant. Je réalise qu’elle s’est occupée de moi.
Que fais-je ici ? Qu’est-ce que ce rapport à la terre, qu’est-ce que je découvre après ces dizaines de milliers de kilomètres parcourus avec mes pieds, ces dizaines de pays explorés, ces années passées à expérimenter la vie simple, chercher une justesse de l’échange avec l’endroit où je suis, méditer la marche du monde moderne ? Suis-je arrivée jusque là pour trouver l’autochtone démarrer un feu avec du plastique ? Quel est l’enseignement d’une telle rencontre ? Gary Snyder dit que le sauvage n’est pas tout à fait oublié ni si éloigné, il est toujours à portée de main, et il est en nos corps de mammifères. Peut-être aujourd'hui la tâche est-elle de chercher et d’exprimer ce sauvage jusque, et surtout, dans l’espace hybride d’un préfabriqué, d’un appartement de béton en haut d’une tour, d’une case de paille pleine de résidus de pétrole. Mais le sauvage, c’est-à-dire un rapport juste au milieu, est-il possible dans un monde d’artefacts fabriqués par des esclaves humains et animaux ? Snyder écrit aussi ceci: « Lorsqu’un éco-système fonctionne parfaitement, tous les membres sont présents à l’assemblée. Parler du sauvage, c’est parler de complétude ».
Je la retrouvai le lendemain, 20km plus loin, assise au pied d’une chute d’eau, mangeant un épi de maïs. Elle transportait - depuis combien de temps? - sur une seule épaule son lourd sac et marchait en claquettes. Je ne pus savoir d’où elle venait ni où elle allait. Elle riait. Elle me parut une vagabonde exemplaire, je me sentie bien petite. Je sus que le sauvage ne pouvait être dans ce feu démarré de rien avec ce que le monde moderne lui avait laissé à porté de main. Mais il y avait certainement une justesse du geste de cette jeune femme qui m’avait séchée et m’avait nourrie, sans mot dire. J’avais scruté désespérément dans la mauvaise direction.
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The pachyderm bows, pegs his feet in the mud, tries once again to move the massive charge chained to his body. At the height of his tipping motion, he tenses all of his muscles at once, the move makes his trunk spin, he catches it in his mouth (he looks like a Münchhausen Baron trying to lift himself with his own hair), pulls on the weight in a desperate wide-eye staring effort. Nothing moves. Three trees to haul up an abrupt, slippery slope. The frail man yells instructions. And the huge beast obeys.
I ended up walking away, a lump in my throat. It is a thing to know that man has been exploiting beasts and men since a long time. It is another thing to witness directly the violence of submission, all the more striking since the animal is impressive. Some have turned mad after seing a horse being beaten in a street (committing obscure formulas for the rest of their life in a retired wood house of Switzerland). If we happen to think that those men live in destitution, have undergone and undergo the effects of a global fever, that those trunks will be used to build a roof, a vital shelter, will we see there material for excuse? I believe we should not. What separates a miserable life from a good life is what one ceases to be in collusion with, in wealthiness as much as in poverty. And I have my share of vile deeds.
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I had entered Laos as one would reach the wet deck of a cargo forcing its way through the misty heat of the tropics, emerging from a long sleep in a booth after a departure from an open and dry land. Now we were bathing in an ocean of leaves of which the luxuriance resembled a blind prison, in a thick exuding forest, festering the swarming of a shrill living. I did not like motorized jumps, a bus on a few hundreds miles would break the geographical continuum in a disconcerting way (I had had to borrow a few to get out of China in time), whilst a progression at a human pace would make the metamorphosis sensible but always measurable.
Pretty soon came, with the feeling of an inexorabe sinking into a humid belly saturated with flora, with the impossibility of ever drying up, with the arachnidan effect of those creepers, trunks, clawy plants, giant leaves, things across getting tangled in impassable webs as soon as one would set foot off the beaten track, with those warm showers, that blinding dust, with a slow progression and forced steps on tricky uphills, soon came a part of those images which support the modern western imagination: never ending walks of heavily geared soldiers, sticky clothes, weakening soaked feet in the troubled water of jungles, pouring rain for days, rain on cranes and on helmets, shower of shells and grenade juices, liquid curtains of napalm, machete and helicopter blade splitting wood and clouds, feverish looks, growing darkness of the human and the atmospheric psyches endlessly spinning in a vegetable heaviness, leading to destructive madness and thunderstorms. Heart of darkness, nocturnal swirl, consuming of the souls by fire, I naively thought of Conrad and Coppola, of Kubrick, Zemeckis, of Kipling.
It is delusion to think that one can arrive a virgin of any representation in an unknown land, to imagine a grasp of some nude substance of the world, traveller’s maturity helping; better know how to observe and welcome the strange chimera rising from the precipitate of an encounter through which are revealed the most archaic fears and dreams.
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Slow pulsations of a buddhist drum as I pass by a small village. Spread across the road, chickens and hens are being driven back towards big wicker baskets. At the shop one comes in a quest of a few grams of sugar, to have one’s clothes patched, to get a stock of white grains gathered from the nearby rice field, to enjoy an ananas pealed in few seconds with a machete. Women are smoking again, ancestresses mostly, squatting by the roadside, their whitened hair mixed with wisps of grilled tobacco, they answer my « Sabay dii » with a hoarse voice, then their eyes wrinkle.
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Was it that I had myself been robbed of my soul? In China had culminated the reign of pics as the first step of a social interaction; everyone had a brand new smartphone, from the buddhist monk to the poorest field worker. Photography was in order before salutations. I had nearly lost taste for portraying. And I could not bear people taking images of me without my permission - it happened all the time, in every country. The further I was going, the more would appear the necessity of preserving what is sacred in the act of photography between people. The less insignificant the gesture of that appropriation. Or I wouldn’t dare to ask anymore, too conscious of the symbolical exchange going on, nearly shameful of what was like a rapt and an automatism. If everyone was clicking clichés for no reason, thus trading the profoundly luminous meaning of a writing which had the power of stealing souls for a panoptic and robotic recording, then it was becoming urgent to capture the human world in another way.
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I have never frequented such noisy forests. Often, I mistake for human activities the saw-like yelling of giant cicadas, the shock of trunks bending under the weight of humid foliage, the echoe of waterfalls meeting rocks.
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Morning life happens outside, one washes with the water springing out of the soil next to the wooden huts on stilts which bring ombrage to some muddy sows still sleeping and dreaming. Asian cows are chewing on high grass, dogs bark, waiting for me to pass before getting on my trail, sniffing the particular scent of the Farang that I am (« Farang » from « Franks », is used by extension for any white western foreigner. As a French, « farangset », I’m thus the walking metonymy of the White Other). The most early people are already far away, on secret dirt tracks to trees full of ripe fruits, billhook, machete and basket at hands.
When I cross at dawn those mountain hamlets, more than anywhere else, I have the feeling of unrightfully bursting into the intimacy of villagers of whom I pick-up daily rituals. A chaman emits a theurgic song, shaking little bells and cymbal at the doorstep. Women in sarong wash their long black hair, others clothes or dishes. A man energetically soaps himself, a white foam covering all his olive-skin body. A naked child happily rides a bicycle down the road under a pouring rain. A few gas and smokes rise from the shelters, smells of wet wood and sticky rice. And, like in all rural areas I passed across the world, parabolic antennas and stocks of sugar snacks under plastic evenly dress up localities and stalls.
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A young woman enters the hut where I found shelter for a night and a day of downpour. She transports a large canvas bag, fully loaded. I first guess that she has some propriety right on the place and beg pardon for my intrusion. Then I soon realize that she’s just passing, like me, happy to be out of the rain, maybe pausing from fruit searching and picking. She notices the wet clothes, scattered all over the place, on the smallest nail, board available, in a desperate attempt to dry them in a pregnant humidity. She gathers a few pieces of burnt wood and three wet batons, looks out for anything to start a flame. Picks up a plastic bottle cap, ignites it. It does not take long before a thick smoke rises above our cabin, and soon we sit side by side, holding my clothes above the brasero. An hour later she goes out, rummages, comes back with two corn cobs she throws on the coals. Then she goes, it is still raining. I realize she only took care of me.
What am I doing here? What is this relationship to earth, what am I witnessing after thousands of miles by foot, dozen of countries explored, years passed in a quest of the simple life, looking for fair exchanges with the environments I evolve in, meditating on the march of the modern world? Did I end up here to find an autochthon starting a fire with plastic? What is the teaching of that encounter? Gary Snyder writes that the wildness is not really forgotten or away, it is always somewhere in front of us and in our mammal bodies. Maybe nowadays the task is to look for and express a fair wildness up until, and maybe above all, the hybrid space of a precast, of a cement flat in a giant tower, of a straw hut full of petroleum residues. Is the wildness, meaning a fair relationship to an environment, possible in a world of artefacts made by human and animal slaves? He writes also this: « When an ecosystem is fully functioning, all the members are present at the assembly. To speak of wilderness is to speak of wholeness ».
I stumbled on her again the day after, 20miles further, she was sitting near a waterfall, eating corn. She was carrying (since when?) her heavy sack on one shoulder only, walking with flip-flops. I did not get to know where she was from nor where she was going to. She just laughed. She appeared an exemplary vagabond to me, I felt very small. I knew then that wildness couldn't be in the fire started with nothing but what the modern world was presenting. But there certainly was a fairness in the gesture of this young woman who made fire for me and gave me food, without a word. I had desperately scrutinized in the wrong direction.
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#worldtour #pushscooter #simplelife #Laos #Lao #wildness #modernworld #hybrids #elephant #farang #tropics #rainseason #camera #souls #tourdumonde #trottinette #footbike #viesimple #lesauvage #lemondemoderne #leshybrides #tropiques #photographie #âmes #39612km
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Mostly I am like an Ekkleticist. But some Ideas I keep as everlasting truth. One of them: "Es gibt kein richtiges Leben im falschen" (Theodor Adorno) A possible translation is: there is no good life, when you surrounded by the wrong one. I am still impressed by your reports. Thank you.

bonjour Blandine !un très beau texte que tu as écrit et qui décrit bien la vie la bas (j étais aussi plusieurs fois en Asie )que j adore pour pleins de raison !tu as bien décrit le dur labeur de ces éléphants (et je suis très triste pour eux !moi même avec mon fils ont a fait un treck dans la jungle sur le dos de ces majestueux et puissants animaux mais chose que je ferai plus jamais après avoir vu un reportage comment ont les brisent et maltraitent pour quils acceptent tous ces travaux et avoir des personnes sur leurs dos tous les jours (colère et tristesse ) et les lignes sur cette jeune femme (vagabonde )aussi super et bien sur de très belles photos bonne continuation a toi et merci du partage

Are you coming to Philippines?

Merci de nous partager cette incroyable expérience, tu n'as pas idée de la motivation et de l'inspiration que tu nous apportes et bravo pour le travail d'écriture, on s'y croirait!

Quel contraste avec les images de l'Asie centrale et des déserts chinois. Je suis très impressionnée par ton mode de vie, par ton texte et tes photos. Quels talents!

Merci Blandine pour ce magnifique texte et les belles photos qui l'accompagnent. Tes émois et émotions arrivent jusqu'à nous de même que la moiteur de l'air, ton écriture nous fait vraiment partager tes ressentis. Merci.

and again nice photos 🙂

Magnifique Un bonjour de Saverne Alsace France

Bonne route! flic.kr/p/XMG2ys

Très beau récit et magnifiques photos Merci et bonne continuation 👏👍

Sehr schöne Bilder und interssant.

TKS !!!!!!!!!!! :d 😀 😀 😀 😀

Merci beaucoup !

Magnifique texte, magnifiques pensées et prises de conscience, magnifiques images et un parcours tellement inspirant pour moi. Alors merci pour être si généreuse à partager ton expérience unique. Anne joulie

Encore et encore....quel talent de narration !

Merci Blandine pour ton petit mot. On t'embrasse !

" Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes. J’aurais voulu que l’animal se vengeât, que le chien mordît celui qui l’assommait de coups, que le cheval saignant sous le fouet renversât son bourreau ; mais toujours la bête muette subit son sort avec la résignation des races domptées. — Quelle pitié que la bête ! Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se traîner au soleil la moitié supérieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants, cherchant à s’enfouir sous la terre, jusqu’à l’oie dont on cloue les pattes, jusqu’au cheval qu’on fait épuiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la bête subit, lamentable, le supplice infligé par l’homme. Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent." Mémoires. Louise Michel.

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